Épistémologies fragmentaires

“J’ai choisi les œuvres de cette exposition pour la noirceur éclatante et la fluidité lumineuse du dessin. Le geste et la matière contiennent en eux la métaphore des eaux tumultueuses, des traversées océaniques et l’enchevêtrement des racines originelles. En définitive, ils inscrivent la ténèbre profonde de la tragédie historique qui s’y déploie.”

François Chalifour, commissaire

Exposition résentée à L’Imagier (Aylmer, Québec), 15 mai au 13 septembre 2026

Dans la tradition artistique occidentale, le XIIIe siècle est empreint d’une connotation dramatique dans la représentation des « jugements derniers », qui se traduit par la forme même des corps, souvent angulés, compressés et décharnés. Cette tendance apparaît autant dans les reliefs des frontons d’églises que dans les nombreuses fresques traitant de la chute des âmes damnées. Stanley Wany, dans son travail graphique (ici, mes choix personnels), revendique et manifeste cette énergie visuelle par l’intensité et la vibration des contours et des lumières. Il installe ainsi, aux yeux des peuples concernés (en l’occurrence afrodescendants), une iconographie identitaire forte, inscrite dans une réalité (vision du monde) dont ils ont longtemps été privés.

Depuis l’Antiquité, on appelait «pathos» la douleur qu’entrainait une intolérable souffrance sur le corps et l’esprit. Aujourd’hui, le mot «traumatisme», plus clinique, traduit mieux cette idée, bien que les deux notions découlent de sources qui se rejoignent. Dans les pièces de l’artiste, les dégoulinades, les entrelacs et les clairs-obscurs, déployés avec une maîtrise saisissante, emmènent les regardant(e)s sur les flots de ces voyages transatlantiques coupables. Les corps des victimes, mortes en mer, ont fini par tracer une route, tant ils sont multitude, sur le fond marin. Un tel «cimetière» grave ainsi un sillon historique ralliant les deux pôles d’une même «ancestralité».

Photos: Jonathan Lorange

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